Sunday, July 27, 2008

A New Career In A New Town

Cher Damien,

Certes nous changeons. Et souvent pour le mieux. Le Nico coincé d'autrefois, celui qui devenait de la couleur de son slip quand il était approché par le sexe opposé, n'était pas un compagnon de vie très confortable. Cependant j'aime à penser que le Nico naïf, celui qui partait en transe à l'écoute de "I will" après que ses amis aient abusé de sa confiance, ce Nico là n'est jamais très loin.

Mais n'oublions pas que nous sommes, en grande partie au moins, les orchestres de ces changement. Ainsi on ne devient pas fan des Blérots de ravel par hasard. Il est de bon ton d'en vouloir a la société, au nazisme ou au nabot mais au final nous somme tous les deux dans un environnement qui nous autorise le choix.

Mais que faire de ce choix ? Car nous voila arrivé également à la fin de nos études, ce qui semble être une pierre angulaire de nos vie. LE carrefour, THE étape, LE choix à ne pas manquer au risque davoir une vie de merde. Voila qui est peu rassurant. Sous la pression, nombreux sont ceux qui du coup en pensant trop à faire le bon choix, font le mauvais. La peur d'un futur incertain en conduit beaucoup à chercher la securité par tous les moyens. Alors le plus vite possible on se marrie, le plus vite on cherche un emploi que l'on espere garder à vie, on s'installe dans une ville que l'on espère ne jamais quitter.

Me trouvant moi même précisément au moment clef en question, me voila confronter au choix. Que faire après ses études ? Faire de l'argent, devenir ci ou ca, certains ont déjà leur but et leur futur tout tracé dans leur tête. Pour ma part je n'en ai pas la moindre idée.

J'ai passé pas mal de nuit blanches passées à lire Nietzsche en écoutant Patrick Sébastien, réfléchis à ce que la vie nous a appris jusque là... Car qu'est ce que j'ai retenu pour le moment de mes expériences ? Que rien ne dure. Comment savoir si on sera toujours amoureux dans 20 ans, si on aimera toujours son travail dans 10 ans, si on aura envie du même cadre de vie dans 5 ans ? Aucun moyen, absolument aucun. "The sun don't shine forever" nous disait K-maro. On change et on évolue, nos envies changent et évoluent. Nous revoilà maintenant à ton propre constat cher Damien, et à la case départ par la même occasion.

Que faire alors ? S'enfermer dans le cynisme ? Ne s'engager dans rien de peur de commettre une erreur ? Pour ma part un début de solution se trouve dans le fait d'accepter d'avoir un futur incertain. De penser que quoi qu'on fasse, ça ne durera certainement pas forever, mais de le faire quand même pour en profiter tant que c'est là. Ainsi je ne crois plus aux plans de vie, aux plans sur la comète, aux pages pré-écrites qu'on regrettera de ne pas avoir bruler plus tôt. Je crois au petites étapes. Après tout, c'est comme cela que les choses se sont passées pour moi jusqu'à présent et ça n'a pas si mal marché. Se laisser des portes ouvertes, et faire ses choix sans suivre une stratégie sur 30 ans. Petites étapes par petites étapes, on évolue petit à petit sans regretter. Petites étapes par petites étapes, on arrive à un éventuel but dont on ignore encore l'existence. Parce qu'on connait pas le sens de sa vie à 20 ans et heureusement.

Alors non monsieur le recruteur, je ne sais pas comment je me vois dans 5 ans. Et je ne vois pas l'intérêt de l'imaginer. Je sais juste que les uns après les autres, mes choix m'auront conduit quelque part où je serais bien.

J'ai surement enfoncé des portes ouvertes pour pas mal d'entre nous (j'ignore pourquoi mais je vois déjà arriver Cécile avec ses gros sabots) mais elles n'étaient pas forcément ouvertes pour moi jusqu'à présent.


Ton bon Nicolas, qui n'aime toujours pas les blérots de ravel.

Friday, July 25, 2008

L'invitation au voyage

Cher Nicolas,

Crois-tu que l'on puisse changer?

Qu'est-il advenu de ces deux innocents, fans de jeux vidéos et de cinéma commercial à la Michael Bay, timides jusqu'à l'os et trop sensibles pour ce monde? Entends-tu toujours Amélie plonger sa main au fond d'un sac de grain? Frissonnes-tu toujours au son de I Will de Radiohead, les yeux fermés, l'oreille contre l'enceinte, insensible au temps qui passe? Rougirais-tu encore si une jolie camarade de classe posait délicatement sa tête sur ton épaule? Sortiras-tu un jour en cachette pour rejoindre un premier amour, pour donner vie à tes premiers émois? Me souviendrai-je de ce jour pluvieux, une semaine avant de retrouver ma chambre d'enfant, où rien n'est plus comme avant?


Eh bien, oui, le monde change. Ce n'est pas Barack Obama qui dira le contraire ! En visite à Berlin, le sauveur de l'humanité nous a gratifié d'un splendide discours à l'américaine, reprenant le cliché éculé du mur qui sépare les hommes, les races et les écureuils. Le monde va changer, je te dis. Il sera plus beau, plus juste. La Corée du Nord ouvrira ses frontières au tourisme, les zimbabwéens construieront une skyline à Harare, Philippe de Villiers deviendra Maître Suprème de la Vendée, les singes sauront se faire cuire des steaks, Marc deviendra fan de ski de randonnée et Cécile sera embauchée comme caissière à Champion !


Et puis il y aura ce type, Damien, qui lors de la fête nationale sur la Pariser Platz à Berlin, le treizième de juillet de deux mille huit, se surprendra à apprécier une musique qui l'a longtemps horripilé : la néo-variétoche française. Oui, j'ai bien aimé Les Blérots de Ravel. Oui j'ai eu envie d'un petit vin blanc et d'un morceau de saucisson, et oui j'ai eu envie de porter un chapeau, de faire des pets qui résonnent et de marcher pieds nus comme un clodo. Mais comme ne l'a jamais dit Fernandel, “qui ne saute pas n'est pas français, hey”.


Alors voilà, le changement ne nous épargne pas. Comme l'a dit un jour un bon ami ayant un fort penchant pour l'absinthe, allons "au fond de l'inconnu pour trouver du NOUVEAU !”


Ton bon copain mélancolique

Friday, July 11, 2008

Imagine all the people

Cher Damien,

Après avoir utilisé les ficelles du journalisme facile et exploité les peurs de nos concitoyens, je te propose avec cet article de revenir et aux sujets passionants qui n'interessent que nous et à la phrase bien pensée.

Comme tu l'as remarqué, je n'ai que pauvrement participé à nos échanges épistolaires depuis quelques jours. Et pour cause, mon philanthropisme m'a poussé à me mettre au service de la communauté (quel mec bien) et à offrir mes services dans un festival de musique à Ottawa.
J'ai ainsi fait la rencontre des sympathiques Elektra Sky et Star Light, deux drag queens du festival. Des drag queens dans un festoche ? "What the fuck" t'entends-je t'exclamer ! Eh oui mon ami mais dans la capitale du Canada, on s'efforce de représenter tout le monde comme on peut le lire dans les yeux d'Elektra alors qu'elle souffle la fumée de sa cigarette avec désinvolture. Oui, Elektra a des yeux très expressifs.

En effet en se hasardant un peu on assiste à de curieuses scènes... Un emo kid qui observe un bluesman crispé sur son sax à travers ses meches rebelles, de vieux conservateurs assis sur leur chaises pliantes entonnant "Fuck the police" en chœur avec Snoop Dog... En quelques enjambées on passe du metal à la musique africaine en passant par le rock hippie et le jazz. Belle méthaphore de la tolérance et de la culture de la différence pronées par les authorités.

Je me prends alors à rêvasser un peu. Et voici qu'on affiche un drapeau 'peace and love' sur la scène. Deux doigts en forme de "V" se lèvent. Puis d'autres. Et c'est vite tout le public.

Mais surprise ! A 23h, tout ce petit monde s'arrête pour aller au dodo. Retour à la réalité, nous sommes ici à Ottawa, tranquille ville de fonctionnaires trop contents d'avoir leur boulot à vie. Et avec la loi sur le bruit nocturne, les moutons se couchent à l'heure des poules. Alors on plie les symboles de paix bien sagement, les gens etaient juste venus voir un show, le reste fait parti du folklore et puis c'est tout. J'imagine qu'on est tous plus ou moins comme ca.

Il me vient a l'esprit une phrase lue il n'y a pas si longtemps : "For twenty years, I thought the Beatles song, Revolution, was pro-revolution". Moi aussi, je croyais.

Heureusement Elektra Sky sera toujours la pour nous chanter du Cher.

Ton bon ami naïf